L'agriculture intensive, oui mais durable !

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champ de blé

Depuis début mai, je suis un cours sur la biodiversité, sur la plateforme de MOOC France Université Numérique (FUN). Cet enseignement, coordonné par l'Université Virtuelle Environnement et Dévelopement Durable (UVED), fait intervenir des scientifiques de nombreuses structures (Muséum National d'Histoire Naturelle, CNRS, IFREMER, IRD, CIRAD...) et expose "ce qu'est la biodiversité et les enjeux qui lui sont associés en matière de développement humain et territorial". Un sujet réellement passionnant ! Dans ce cadre, une question très intéressante a été posée, que j'ai choisi de partager avec vous :
"Est-ce socialement pertinent de désintensifier l'agriculture pour préserver la biodiversité ?"

Le conflit entre l'écologie et les besoins de l'homme

Avec la mécanisation, l'irrigation et les produits phytosanitaires, l’agriculture intensive telle que nous la connaissons a conduit à une forte amélioration des rendements au cours de la révolution industrielle et a permis la révolution verte dans les pays du Sud. Mais aujourd’hui, nous pouvons constater ses effets négatifs sur la biodiversité. Nos cultures se sont spécialisées autour de certaines espèces « élites », au détriment de la grande diversité des semences héritées de plusieurs centaines de générations d’agricultures traditionnelles. Seulement 30 espèces cultivées fournissent 90 % de la production de calories alimentaires, dont 3 principales : le blé, le riz et le maïs. Plus grave encore, la dégradation de l’écosystème agricole par les traitements phytosanitaires a entrainé la perte de nombreux services écosystémiques (services rendus par la biodiversité, utiles et même souvent vitaux pour l'humanité) : la pollinisation n’est plus assurée efficacement et la qualité des sols est dégradée en raison de la disparition de ses habitants. Pour préserver la biodiversité et ses services écosystémiques, l’humanité n’a pas d’autre choix que de changer ses pratiques agricoles.

Mais nous ne pouvons pas négliger les besoins alimentaires d'une population toujours croissante, actuellement de 7,2 milliards d’être humains. Il sera aussi nécessaire de produire des matériaux et énergies durables à partir de matière première agricole plutôt que fossile. Les besoins en ressource agricole ne feront donc qu’augmenter et il est inconcevable de diminuer les productions agricoles. De plus, 40 % des terres émergées sont agricoles, ce qui représente 600 millions d’exploitations et la moitié de la population active du monde, autant d’emplois à préserver. Il est socialement impossible d'appliquer une écologie punitive, qui porterait atteinte au confort des populations, au bénéfice de la biodiversité. Ce changement de pratique agricole doit s'accompagner d'une augmentation du bien-être, une amélioration de la qualité de vie sans pertes de rendement de production.


Vers un changement de l'agriculture et de mœurs

Le changement des pratiques agricoles devra donc s’accompagner d’un progrès pour l’humanité : il ne faut pas « désintensifier » l’agriculture, mais plutôt la modifier. Il faut réviser notre vision de l’agriculture pour réduire l’impact sur les écosystèmes. C’est possible en se tournant vers un autre type d’agriculture : l’agroécologie. Cette nouvelle pratique agricole consiste à s'appuyer sur les services rendus par la biodiversité pour améliorer la production et s'accompagne de la fin de la monoculture. Ce concept repose sur une amélioration du capital écosystémique des sols et des milieux au cours du temps, plutôt que leur dégradation. L'agroécologie produit des services en parallèle de la biomasse à récolter, par exemple une lutte contre les ravageurs, une pollinisation efficace ou un bon équilibre des sols. Concrètement, il est possible de réintroduire l'arbre dans les cultures, ou encore d'associer des "plantes de service" aux variétés agricoles pour repousser des agresseurs ou immobiliser l'azote de l'air. C’est en s’appuyant sur ces services écosystémiques que l’agriculture pourra s’intensifier et produire plus, durablement.

Mais ce n’est pas tout, il serait également judicieux de changer les mœurs des populations pour réduire nos besoins au simple nécessaire, et c'est là que nous sommes tous acteurs du changement. Aujourd’hui, le gaspillage représente ¼ de la production agricole (1,5 milliards de tonnes perdues sur 6 milliards de tonnes produites). 40 % des cultures sont dédiées à des activités autres que l’alimentation humaine directe, principalement des fourrages pour l’élevage, qui représente 19 milliards d’animaux. Une diminution de notre consommation en protéines animales réduirait considérablement nos besoins en ressources agricoles. De manière plus générale, il faudrait éviter la surconsommation. Ne serait-il pas plus judicieux de nous concentrer sur l’essence de nos désir, plus que sur des besoins matériels ?


Construisons l'avenir

En résumé, préserver de la biodiversité est nécessaire pour tous les services écosystémiques qu’elle rend à l’humanité. Détruire ces services, vitaux pour l'homme, revient à détruire la société humaine. Mais face à des besoins agricoles croissants, il n’est pas judicieux de désintensifier purement et simplement l’agriculture. Le salut se trouve plutôt dans le développement à grande échelle de l’agroécologie et le changement de nos mœurs de consommation. Nous pourrions alors réduite notre impact sur l’écosystème et de réconcilier l’homme et la biodiversité. La préservation de l'écosystème et de ses services est l'affaire de tous, nous sommes tous impliqués.

Références

S'il y a peu de références par rapport aux articles précédents, c'est parce que toutes les informations énoncées ici proviennent du MOOC biodiversité.

Wikipedia : Agroécologie et service écosystémique

Photo : Wheat in the Wind par Malcolm Carlaw distribuée sous licence CC BY-NC 2.0

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