Une tisane bonne pour la santé... des tomates

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En ces premiers jours de mai, il est enfin temps de se procurer des plants de tomates pour le potager. Mais la météo particulièrement humide ne manque pas de me rappeler l’attaque foudroyante de mildiou subie l’année dernière, dès le début du mois de juillet. Beaucoup de jardiniers du dimanche ont vu leurs plants décimés en seulement quelques jours. Pour ma part, ça a été l’occasion de m’intéresser à un traitement curatif naturel : l’infusion de sauge.

Le mildiou de la pomme de terre et de la tomate est causé par un « pseudo-champignon » (ou Oomycète, des organismes aquatiques non photosynthétiques, plus proches des algues que des champignons) du nom de Phytophthora infestans. Il se développe après plus de 2 jours de conditions de température supérieures à 10 °C et d’humidité dépassant les 75 %, souvent en période estivale. D’abord visible sous l’aspect de moisissures blanches, des taches brunes apparaissent rapidement sur les feuilles qui finissent par se dessécher. Le parasite atteint ensuite les tiges et les fruits, puis le plant tout entier.

Plusieurs solutions, plus ou moins efficaces, existent pour protéger les tomates contre le mildiou. La meilleure est encore de disposer les plants à l’abri de la pluie (serre, tunel, auvent…). Certains préconisent aussi des traitements préventifs : disposer du purin d’ortie ou de consoude au pied du plant, ou planter un fil de cuivre à la base de la tige. Mais dès lors que les premières tâches brunes apparaissent, c’est le branle-bas de combat. Il faut au plus vite retirer les feuilles atteintes avec des sécateurs stérilisés et surtout traiter ! Mais quel traitement choisir ?


Pourquoi pas la bouillie bordelaise ?

Pour ma part, je refuse catégoriquement les traitements chimiques dont regorgent les jardineries. En agriculture biologique, la bouillie bordelaise et les traitements à base de cuivre sont tolérés et largement utilisés. Mais attention ! Le délai avant récolte est de 7 jours après traitement. Et surtout, on peut remarquer sur le paquet la présence des pictogrammes désignant un produit irritant (Xi) et dangereux pour l’environnement (N). N’y aurait-il pas là une certaine contradiction avec l’agriculture biologique ?

La bouillie bordelaise contient 20 % de cuivre, un élément non biodégradable qui peux s’accumuler dans les sols, les rivières et les nappes phréatiques jusqu’à atteindre des doses toxiques, surtout si le traitement est répété tous les 10 à 15 jours de manière préventive ainsi que le recommandent les fabricants. De plus, si les précautions d’usage ne sont pas respectées, une inhalation chronique des poussières de cuivre peut causer des dommages sur le système respiratoire (poumon du viticulteur). Et que penser des traces de cuivre résiduel dans les fruits que nous consommons ?


Qu'en est-il de l’infusion de Sauge officinale ?

Puisqu'il n'est pas question d’utiliser la bouillie bordelaise, je me suis donc tournée vers des préconisations de sources plus ou moins obscures. Mon choix s’est arrêté sur la pulvérisation d’infusion de sauge puisqu’il a l’avantage d’être curatif et que mon plant de sauge officinale prolifère bien dans mon petit jardin. Ma déformation professionnelle m’a quand même poussé à me documenter sur la raison de l’efficacité du traitement.

Les extraits de sauge officinale contiennent en majorité de la thuyone, du camphre, du cineol et d’autres terpenoïdes en quantités variables selon la saison. Ces molécules naturelles possèdent des propriétés biologiques variables et contribuent par exemple aux nombreuses utilisations des huiles essentielles. Dans le cas de l’infusion de sauge officinale, les propriétés anti-mildiou ont été démontrées : des études scientifiques ont montré sa capacité à stopper la croissance du parasite Phytophthora infestans (Ces études ont associé cette capacité à des propriétés antifongiques, ce qui me semble injustifié étant donné que Phytophthora infestans n’est pas un champignon… mais cela ne remet pas en cause les études d’activité de l’extrait). Cette infusion pourrait également ralentir la prolifération Plasmopara viticola, le pathogène responsable du mildiou de la vigne, mais dans une bien moindre mesure.

Qu’en est-il de la toxicité et l’écotoxicité de ce traitement ? L’infusion de sauge officinale ne contient que des molécules naturelles biodégradables et ne présente pas plus de danger pour l’environnement qu’un plant de sauge. En ce qui concerne la consommation humaine, la thuyone, molécule présente majoritairement dans la solution, a des propriétés neurotoxiques (elle est responsable des effets hallucinatoires de l’absinthe), mais des études de toxicité ont révélé que l’homme pouvait boire plusieurs tasses d’infusion de sauge officinale par jour sans danger.


Mise en pratique

Alors totalement convaincue par l’infusion de sauge, j’ai mis le traitement en application sur mes plants de tomates. La petite taille de mon jardin ne m’a malheureusement pas permis de faire une étude comparative dans une démarche rigoureusement scientifique (je voulais d’abord sauver mes tomates !). La dose préconisée est de 200 à 250 g de sauge officinale, dans 10 L d'eau frémissante, à 80°C. Après refroidissement, j’ai appliqué le traitement après chaque période humide, en insistant particulièrement sur les fruits et la tige. Dès la fin du mois de juillet, les plants non abrités du voisinage étaient déjà décimés. Les miens ont donné jusqu’en septembre. L’infusion de sauge a stoppé net la prolifération du mildiou sur les tiges, et même sur les fruits.

Je recommande donc à tous les jardiniers du dimanche de bannir la bouillie bordelaise et de planter un pied de sauge, pour la santé de l’environnement, mais aussi pour la votre. Qu’il pleuve ou qu’il vente, je vous souhaite de récolter de pleins paniers de tomates savoureuses l’été prochain. De mon côté, je profiterai peut-être de l’été prochain pour évaluer un autre traitement. L’huile essentielle de romarin, le bicarbonate de soude ou la décoction d’ail ?

7 commentaires

#1 Jeremie -

Merci beaucoup pour ce partage d'expérience et cet article très bien écrit et documenté!!! je vais essayer cette année la sauge (décoction, infusion, purin...encore à définir)

#2 dany -

Merci Jérémie pour cet enthousiasme.
Si tu peux nous faire un petit retour d'expérience, également, ce serait super !
J'invite toutes les personnes, satisfaites ou non à nous faire partager leur ressenti.

#3 Daniel -

Bonjour
Merci pour ce partage d'expérience.
Votre test a été réalisé en 2015, quels ont été les résultats en 2016 et 2017 ?
Comment conserver cette tisane de sauge si on en trop ?
Avez-vous essayé cette tisane sur d'autres plantes ?
Merci d'avance.
Je vous souhaite plein de belles récoltes en cette année 2018 !
Daniel

#4 Dany -

Bonjour,
Mes expériences réalisées les années suivantes m'ont donné la même satisfaction qu'en 2015. Mais cette fois, j'avais bien pris soin de protéger mes tomates de la pluie et la bataille a été bien plus facile à gagner. Je faisais aussi quelques traitements préventifs après les grosses pluies.
Je ne prépare toujours que la quantité de tisane adaptée à la quantité de plants que j'ai à traiter. Plutôt que de tenter de conserver la tisane, j'ai préféré conserver la sauge sous forme sèche.
Je n'ai pas eu l'occasion de tenter sur d'autres plantes.
Et cette année, pas de récolte car j'ai déménagé et je n'ai (momentanément) pas de jardin.
Bonnes récoltes ! N'hésitez pas à poster ici votre retour d'expérience. Il est bon d'avoir plusieurs sons de cloche.

#5 Fleur de Lys -

Merci pour cet article très bien écrit et qui me réconforte quant à ma réticence envers la bouillie bordelaise. J'essaie cette année la decoction de sauge (l'eau était peut être un peu trop chaude 😡) et j'y ai ajouté du bicarbonate de soude et du savon noir. A voir.
Redonnez nous des news de vos tomates 2018

#6 Fleur de Lys -

Toutes mes excuses, je n'ai pas vu que vous aviez déménager 😕
Bel été tout de même

#7 rose -

Et en mélangeant avec la décoction de prêle?
j'ai bien envie d'essayer ,car mes feuilles sont un peu touchées.

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