Décryptage : l'économie circulaire

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recyclage de ferraille Nous vivons actuellement dans une économie majoritairement linéaire : nous prélevons des matières premières en quantité, recyclons peu, stockons beaucoup et jetons après utilisation. Conséquence de ce système économique, nous exerçons une trop forte pression environnementale (changement climatique, dérèglement des cycles biogéochimiques, érosion de la biodiversité...) et nos ressources s'épuisent. Il est aujourd'hui plus que nécessaire de nous tourner rapidement vers une économie plus durable : l'économie circulaire.

Qu'est-ce que l'économie circulaire ?

L'économie circulaire est un nouveau type d'économie qui s'oppose à l'économie linéaire. Elle vise à limiter au maximum la consommation de matières premières non renouvelables et les rejets de déchets dans l'environnement. Dans ce contexte, on pense nécessairement au recyclage, qui est effectivement l'un des piliers de l'économie circulaire. Mais ce n'est pas le seul. L'économie circulaire repose aussi sur l'efficacité d'utilisation des ressources et l'absence de gaspillage.

L'ADEME a défini l'économie circulaire autour de 7 piliers répartis en 3 domaines : révision de l'offre économique, révision des comportements, révision de la gestion des déchets.

Economie Circulaire selon l'ADEME
Définition de l'économie circulaire selon l'ADEME (schéma emprunté à l'ADEME)


Pourquoi le recyclage seul ne suffit pas ?

Pour mettre en place un modèle d'économie circulaire, il ne s'agit pas uniquement de recycler la totalité de nos biens de consommation. En effet, la croissance démographique, notre propension à accumuler de nombreux biens, la course à la croissance économique, sont autant de facteurs pour lesquels nos besoins en matières premières croissent de manière exponentielle ! Il est donc nécessaire de réviser en profondeur notre modèle de production et consommation.

Aujourd'hui, notre équilibre économique nécessite de la croissance, qui repose encore largement vers la vente de biens matériels. C'est de cela que résultent les nombreuses dégradations environnementales et limitations des ressources que nous connaissons. La transition vers l'économie circulaire nécessite une limitation de la composante matérielle de la croissance économique. C'est en transitant vers une économie des services ou une économie de la qualité que nous parviendrons à découpler la croissance du PIB de notre consommation de matières premières. On appelle cela l'économie de la fonctionnalité (pilier 4).

Par exemple, beaucoup d'entre nous avons une machine à laver chez nous. A l'échelle de mon quartier, cela représente peut-être une 20aine de machines à laver, et autant de métal, composants électroniques etc... Mais, ces machines ne tournent pas plus de 3 à 6 fois par semaine (à vue de nez...). Donc, si le constructeur, plutôt que vendre une machine à laver, vendait l'usage de cette machine (nombre de cycles de lavage réalisés par exemple), il serait alors possible de mutualiser une seule machine pour l'ensemble de mon quartier, ce qui représenterait 20 fois moins de matière première immobilisée. Cette machine s'userait plus rapidement et serait alors remplacée plus vite, peut-être après seulement 1 ou 2 ans d'utilisation. Le recyclage (pilier 7) permettrait alors de remobiliser cette matière première dans le cycle des ressources.


Qu'en est-il des méthodes de production ?

Vous me direz que la machine à laver, c'est quand même un bien matériel qu'il va falloir produire. En effet, mais dans un modèle d'économie circulaire, les principes de productions sont également totalement repensés.

Pour commencer, les ressources sont issues d'un approvisionnement durable (pilier 1) : qu'elles soient minières, énergétiques, agricoles, forestières ou issues du recyclage, elles sont exploitées efficacement, sans rebut ni dégradation de l'environnement. Ensuite, l'ensemble du cycle de vie d'un produit (production, distribution, utilisation et fin de vie) est analysé dès sa conception afin de minimiser son impact environnemental : c'est l'éco-conception (pilier 2).

Il est également possible de limiter les pertes et gaspillages d'un procédé de production en mettant en œuvre le principe d'écologie industrielle et territoriale (pilier 3), une approche coopérative et mutualiste inspirée des écosystèmes naturels : les différentes activités d'un même territoire s'organisent ensemble pour s'échanger des flux (matière ou énergie) afin de les valoriser. Par exemple, les effluents gazeux chargés en CO2, coproduits indésirables dans grand nombre d'installations industrielles (cimenteries, incinérateurs...), s'avèrent être utiles pour les fermes de production de microalgues comme accélérateur de croissance (d'accord, je n'ai pas choisi cet exemple par hasard, j'ai un faible pour les algues...). La chaleur produite par ces mêmes industries peut par exemple être utilisée pour chauffer des installations agricoles. Il devient donc judicieux d'installer toutes ces activités dans le même parc d'activité.


En temps que consommateurs, nous aussi sommes acteurs de l'économie circulaire

Nous, consommateurs, ne sommes pas en reste dans cette transition. Nous devons accepter un changement important dans nos pratiques de consommation en prenant garde aux 2 piliers qui nous incombent :

  • La consommation responsable (pilier 5)
    En France en 2013, 5 fois plus de matière était consommée pour le transport des exportations que la quantité de matière contenue dans ces mêmes exportations. Une relocalisation de nos filières en circuit court diminuerait drastiquement cette consommation de matière. De même, en remplaçant notre consommation de protéines animales par des protéines végétales, c'est 4 fois moins d'azote que nous mobilisons.
  • L'allongement de la durée d'usage (pilier 6)
    Le recyclage, c'est bien. La réutilisation, c'est mieux, car moins gourmand en ressources énergétiques. Il faut donc encourager les filières de réparation ou de réemploi, ainsi que la vente ou le don d'occasion avant d'envisager le recyclage des matières.

La transition vers un modèle d'économie circulaire n'est pas l'affaire d'un seul. Tous les acteurs de la société sont impliqués : entreprises, collectivités territoriales, citoyen responsable. Nous avons tous un rôle à jouer, alors allons-y !

Références

J'ai écris cet article en grande partie à partir des connaissances que j'ai acquises en suivant le MOOC "Economie circulaire et innovation" dispensé par l'UVED sur la plateforme FUN.

ADEME : Économie circulaire
MOOC : Economie circulaire et innovation
Institut montaigne : Economie circulaire : réconcilier croissance et environnement

Wikipedia : Économie circulaire, économie de fonctionnalité, écoconceptionet écologie industrielle

Photo : Recyclage de ferraille par Alexas_Fotos distribuée sous licence CC0 Creative Commons

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