Bienfaiteurs des sols, les champignons nettoient la pollution

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Pour mener à bien son projet "Allar", visant à construire un écoquartier exemplaire au nord de la ville de Marseille, le groupe Eiffage a opté pour l'utilisation de solutions innovantes et écologiques. C'est ainsi qu'une toute jeune biotechnologie a été privilégiée pour la réhabilitation des terres du futur quartier, polluées par une ancienne usine. Cette biotechnologie, c'est la mycoremédiation. Cette méthode naturelle, utilisant les capacités uniques des champignons, est à la fois plus rapide et bien moins énergivore de que les techniques traditionnelles de dépollution.


Une méthode biologique de dépollution

Déjà utilisée aux USA, la mycoremédiation fait tout juste son apparition en Europe. C'est la start-up Polypop, créée en juin 2014 par Gil Burban, qui est à l'origine de cette technologie bio-inspirée au sein du projet Allar. D'après des études de faisabilité menées en laboratoire, les organismes fongiques sont en mesure de dégrader toutes sortes d'hydrocarbures en seulement quelques semaines à 25°C. Ils sont aussi capables, dans ces mêmes conditions, d'extraire et de concentrer les métaux lourds présents dans le sol.

La mycoremédiation rend alors possible un traitement des sols in situ. Cela limite l'utilisation de procédés traditionnels énergivores, lesquels nécessitent généralement l'excavation des terres polluées, puis de nombreuses rotations de camion pour les transporter vers des usines de traitements thermiques et biologiques. Un autre avantage de la méthode alternative réside dans le respect de la biodiversité des sols. Contrairement aux traitements chimiques et biologiques habituels, la mycoremédiation ne détruit pas la vie microbienne et offre une possibilité de recolonisation plus rapide du milieu ainsi traité.


Comment fonctionne la mycoremédiation ?

En forêt, nous ne voyons et ne récoltons que la partie aérienne des champignons, qui n'est en fait que la fructification temporaire (comme le fruit est la fructification de l'arbre) d'un organisme filamenteux présent dans le sol : le mycélium. Les fibres du mycélium, très fines et extrêmement résistantes, forment un réseau pouvant pénétrer profondément dans le sol et s'étendre sur plusieurs centaines de mètres. Cet organisme biologique joue un rôle important dans la transformation des matières organiques présente dans les sols, notamment la lignine et la cellulose composant le bois. Il influence également la structure et la composition chimique et biologique des sols.

Pour assurer sa croissance et franchir les obstacles organiques qu'il rencontre, le mycélium sécrète de puissants enzymes capables de rompre une grande variété de liaisons chimiques dans la matière carbonée, dans le but de la dégrader. Paul Stamets, un chercheur américain, a ainsi montré que des pleurotes pouvaient transformer des résidus de diesels et d'hydrocarbures en glucides, une matière organique nutritive pour de nombreux organismes vivants. Les champignons sont ainsi en mesure de dégrader toute matière organique : les résidus pétroliers, mais aussi les pesticides ou les dioxines. Il est important de noter que ce mécanisme de recyclage de la matière ne porte aucunement atteinte à la qualité des pleurotes, qui restent totalement propres à la consommation.

En plus d'excréter des enzymes, le mycélium est capable d'absorber un grand nombre d'éléments constitutifs du sol. Outre la matière organique et les éléments nécessaires à sa croissance, le mycélium est connu pour absorber les métaux, dont les métaux lourds toxiques (plomb, mercure, nickel…), puis les concentrer dans sa partie aérienne. Des observations réalisées autour de Tchernobyl ont même révélé sa capacité à concentrer le césium137 radioactif. Contrairement au cas des pollutions organiques, les champignons ayant poussé sur des sols radioactifs ou contaminés aux métaux lourds deviennent, cette fois, impropres à la consommation.


Les champignons offrent de multiples applications !

Les champignons représentent un intérêt certain pour la dépollution des sols. Mais ce n'est pas tout. Leurs propriétés uniques ouvrent de multiples possibilités d'innovations. L'utilisation de champignons favorise la réhabilitation des surfaces agricoles appauvries, grâce à la destruction des résidus de pesticides et de produits phytosanitaires, l'apport de matière organique nutritive et la restructuration du sol. En plus de dépolluer les sols, le mycélium peut également être utilisé pour la dépollution de l'eau ou la destruction de micro-organismes pathogènes. Le réseau fibreux extrêmement résistant du mycélium peut également contribuer à consolider des sols fragilisés par l'érosion ou à la suite d'un glissement de terrain, dans le but de favoriser la recolonisation par la végétation. Cette même propriété de structure permet d'imaginer de nouveaux matériaux de construction biologiques aux propriétés totalement inédites. Les champignons peuvent aussi être utilisés comme insecticides, ou encore comme source de production d'enzymes pour une nouvelle génération de lessives…

Les champignons représentent un large champ de perspectives pour les biotechnologies. Considérons, en plus, qu'on estime à environ cinq millions le nombre d'espèces dans le règne des Mycètes, vivant dans de multiples écosystèmes et climats, et que l'on connaît peut-être moins de 15 % de cette diversité. Pas de doute, les nouvelles biotechnologies fongiques pousseront comme des champignons !

4 commentaires

#1 Philippe -

Et est ce que ce système à un rôle à jouer dans la dé-pollution nucléaire ?
Merci

#2 Dany -

@Philippe : Après tout, pourquoi pas. J'ai eu l'occasion de travailler dans ce type de dépollution. La mycoremédiation pourrait effectivement contribuer à extraire les isotopes radioactifs du sol et les concentrer dans la partie aérienne des champignons. La tolérance des champignons à la radioactivité peut se révéler impressionnante !
Mais reste alors la problématique suivante, celle du stockage des déchets...

#3 cabosse -

On trouve souvent des cepes au bord des talus ,pensez vous que ces champignons absorbent la pollution routiere? J en ai bien appris ,merci !!!

#4 Dany -

Je suis certaine que ces champignons absorbent la pollution routière. Il s'agirait de résidus de pneus, d'hydrocarbures et de plaquettes de frein, soient des molécules organiques qui seront facilement dégradées par le mycélium, mais également des métaux qui auront plutôt tendance à s'accumuler.

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