La biodiversité au service de l'industrie chimique de demain

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Paysage industriel

La biodiversité nous offre des trésors inimaginables pour répondre aux besoins de l’homme. Pourtant, l’humanité s’en est détournée, au profit d’un développement reposant en grande partie sur les énergies fossiles. Aujourd’hui, les crises écologiques et économiques nous forcent à revoir notre copie et les biotechnologies, des technologies reposant sur le vivant, font leur émergence dans ce climat nouveau. Ce sont ces nouvelles applications, offertes par la biodiversité, que je souhaite promouvoir tout au long de ce blog. Mais pour commencer, comment en est-on arrivés là ? L’industrie chimique jouit d’une très mauvaise réputation, mais peut-elle redorer son image ? (je suis chimiste alors ça me tient à cœur…)

5 million de tonnes par an de produits chimiques ont été produit en moyenne entre 1930 et 2010. Plus de 100 000 substances différentes sont en circulation dans le marché européen. Ces substances sont en grande majorité des produits de synthèse, pour la plupart issus de la pétrochimie. Voici sur quoi repose l’industrie chimique d’aujourd’hui.

Avec l’émergence de la ressource pétrolière, la chimie organique (chimie du carbone et de ses composés) s’est imposée comme un jeu d’assemblage de briques moléculaires pour construire des molécules synthétiques aux propriétés inédites. Pour la première fois, ce sont les fonctions ou performances attendues qui orientent la création de nouvelles substances ou matériaux, et non l’inverse. Entrainés par cet engouement, les chimistes du XXème siècle se sont appliqués à remplacer petit à petit tous les produits traditionnels issus de matières premières végétales. La diversité des applications est sans précédent : plastiques, détergents, phytosanitaire, cosmétique, santé, alimentaire (WTF ?!)… Le but étant, plus que d’égaler, de dépasser la nature, comme si elle ne suffisait pas à répondre aux besoins de l’homme.

Cependant, dans cette effervescence de technicité, la réflexion sur le devenir de ces substances synthétiques hors laboratoire a été largement négligée. La fin de vie des produits, leurs résidus, leur dissémination dans l’environnement, leurs conséquences environnementales et sanitaires ont fait l’objet de trop peu d’effort, avec certaines conséquences écologiques que l’on connait aujourd’hui : la pollution des écosystèmes, l’atteinte de l’intégrité physiologique des organismes vivants et de l’homme.

Cette chimie-là n’est plus viable et on assiste à l’émergence de la chimie de demain. Une chimie propre et durable, c’est possible ! Celle-ci s’articule autour de deux axes majeurs :

  • L’analyse écotoxicologique poussée des substances synthétiques et de leurs sous-produits, métabolites, traces, micro-polluants… c'est-à-dire l’étude de leurs interactions avec l’environnement.
  • La bioprospection : la revue des substances naturelles existantes dans la biodiversité et de leurs propriétés.

Ce second point est particulièrement intéressant. En effet, la biodiversité et les savoirs ancestraux sont une source extraordinaire d’information pour la science. La bioprospection ouvre largement le champ des possibles à travers l’émergence des biotechnologies. L’année 2014 a vu 9 sociétés françaises de biotechnologies entrer en bourse (réf l’usine nouvelle). Même le groupe Total, géant français du pétrole, ne s’y trompe pas et s’ouvre aux ressources biologiques (la biomasse) par le biais de sa branche Total Energies Nouvelles (réf Total).

Mais ne faisons pas les mêmes erreurs qu’hier. La biodiversité n’est pas une ressource infinie. Prenons garde à exploiter les ressources biologiques avec lucidité, sans tomber dans l‘excès de la surconsommation.

Références :

Pour m’inspirer dans la rédaction de cet article, j’ai revisité ma bibliothèque pour en ressortir le livre de Laura Maxim « La chimie durable. Au-delà des promesses… », CNRS Editions (2011). Ce livre offre une vision édifiante de la chimie de demain, et contient notamment un chapitre tout à fait à propos, intitulé « La chimie de demain : sortir de la technosphère, réinvestir la biosphère » de Cyrille Harper, duquel j’ai extrait les grandes lignes de cet article.

L'usine nouvelle : "Plus matures, les biotechs françaises profitent du marché boursier"
Total : "Énergies nouvelles, l'enjeu d'une performance et d'une compétitivité durable"

Photo : Industrial Landscape par Louis Vest distribuée sous licence CC BY-NC 2.0

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